Une rencontre mémorable dont les élèves vont vous parler à travers leurs courriers au témoin
« Un lien s’est installé entre nous » : ce que les élèves retiendront de cette rencontre : « Le message de respect et de tolérance que M. Titus nous a inculqué » : « Il ne faut pas se fier à ce qu’on entend des autres pays, ne pas juger les gens avant de leur avoir parlé, ne pas critiquer. » Les élèves s’accordent pour dire que « les hommes sont tous pareils, peu importe l’origine. », « Quelle que soit l’origine ou la couleur de peau, nous sommes tous les mêmes. Il faut voir plus loin que la couleur de la peau. », Les multiples origines de notre intervenant les ont d’ailleurs frappé. Quant au racisme qui est malheureusement une réalité ils déclarent : « Ça ne sert à rien d’être raciste. C’est un exemple de la bêtise humaine. » De plus, le terme « étranger » les interpelle : « Nous sommes tous des étrangers car quel que soit l’endroit sur terre où nous irons, nous serons toujours étrangers à ce lieu. » Pour contourner ce racisme, cette peur de l’autre, la solution viendrait à la fois de la communication : « Il faut aller vers les gens qu’on ne connait pas, les respecter et les aider », « je pense que son message est qu’il voulait que l’on comprenne que pour se connaitre il faut déjà se parler » et du voyage.
La vie comme un voyage :
Certains insistent sur un « parcours difficile » et l’extraordinaire voyage d’un homme « parti de son pays sans savoir qu’il n’y retournerait plus. » Le mot « compassion » est d’ailleurs revenu plusieurs fois, à l’occasion par exemple de l’évocation des conditions de vie en Afrique : « Chez nous on se plaint, mais chez les africains c’est pire. »
Pourtant, les élèves ont pris conscience de l’importance du voyage initiatique qui va de pair avec toute migration : « En quittant son pays il a découvert beaucoup. » « Toute sa vie, il a parcouru de grandes étapes. »
Les élèves ont compris que M. Titus a bien vécu ses voyages successifs car « il a tout fait pour s’en sortir. » Et comment ? Parce qu’ « il aime les gens et va vers eux. » « Il a positivé ses voyages comme étant une chance pour lui, une nouvelle aventure »
En définitive, c’est une question de curiosité, de la part de celui qui voyage : « ll aime découvrir de nouvelles choses », « ses voyages l’ont surpris, ils lui ont été très instructifs. », comme de la part de celui qui accueille le voyageur : « Il a été bien accueilli grâce à la curiosité des gens ;3
M. Titus fait incontestablement rêver au « Voyage qu’on peut faire en une vie, la chance qu’on peut avoir parfois ! » Car le voyage est devenu pour eux une condition d’ouverture d’esprit, un projet : « il faut voyager, voir, découvrir d’autres cultures. »
Ils ont eux-mêmes voyagé durant ces deux heures, grâce à cette peinture vivante de l’Afrique « c’est bien pour notre culture générale », glisse d’ailleurs un élève à ce propos et ont laissé libre cours à leur imagination, en témoigne l’enthousiasme poétique d’un autre : « J’ai appris que les cactus parlaient et que les dromadaires dansaient. »
Un guide en cet intervenant « charismatique » :
Ont été cités : « La sensibilité et le grand cœur de Monsieur Titus », sa « sympathie et son ouverture d’esprit », sa « joie de vivre » et sa « gentillesse. » Comment contredire les élèves ? Ils ont salué le geste : « j’ai apprécié qu’il se déplace rien que pour nous raconter sa vie », « Il a pris de son temps pour nous parler », « il a eu le courage de venir s’exprimer pour nous dire qu’il ne faut pas avoir peur d’aller vers les autres et nous offrir le partage de ses expériences. » Les élèves étaient également tout simplement heureux qu’on « s’intéresse à eux », heureux d’avoir la chance d’assister à cette rencontre.
La rencontre en un mot : idées des élèves qui reviennent le plus souvent
Des sensations : « émouvant car il s’est livré à nous sans retenue », « touchant car il parlait avec son cœur », « sincérité » « drôle », « passionnant », « enrichissant. »
Une certaine ambiance : « bonne humeur », « peu commun. »
Des concepts proches de la tolérence : « famille », « respect », « solidarité », « ensemble », « amour », « communication », « paix », « égalité », « harmonie. »
Autre aspect perçu par les élèves : « avoir le courage tout quitter », « solitude », « peur », « pauvre », « dur », « conditions de vie différentes »
Du dépaysement : « culture », « voyage »
J’aime, j’aime pas !
En général, les élèves ont été friand des anecdotes personnelles de M. Titus et de la description de son enfance passée en Afrique, de sa vie en famille, de la culture et des religions africaines. Ils ont été unanimement surpris par le mariage « forcé des jeunes femmes », la « surveillance rapprochée » de celles-ci par les frères et sœur, le « respect qu’avaient les enfants pour les plus anciens. » Les « rapports entre chaque habitant » les ont également interpellés, « le fait que des hommes et des femmes s’occupent d’enfants qui n’étaient pas les leurs » et que les enfants « donnent les noms de « papa » ou « maman » à des hommes femmes croisés dans la rue ». Ils ont cependant été nombreux à évoquer le sort des enfants « battus », preuve que l’autorité de l’époque n’a rien à voir avec celle dont ils font l’expérience aujourd’hui. Ils ont salué le fait de « Partir seul loin de ses proches en étant si jeune » et ont été révoltés par les conditions du voyage en bateau jusqu’à Dakar. Ils ont également beaucoup ri à l’évocation du siège de l’avion non rabattu, à la mention de la découverte des escalators et des portes automatiques comme le summum de la technologie. Certains rêvent encore à un monde parfait : « J’ai été choquée lorsqu’une personne de sa banlieue s’est fait voler son autoradio dans sa voiture j’ai trouvé cela marquant parce qu’aujourd’hui cela ne se fait plus. » Si seulement !
Evidemment et sincérité oblige, les élèves se sont montrés critiques sur plusieurs points : la rencontre leur a semblé trop longue, parfois un peu ennuyeuse (l’histoire du Dahomey ne les a pas intéressé), ils étaient scotchés sur des chaises au confort limité pour une rencontre pas assez « interactive » selon leurs mots. La structure en questions-réponses à également été critiquée, je pense que l’idéal aurait été qu’ils posent eux-mêmes les questions, mais ils n’osaient pas. Ils ont été plusieurs à déplorer l’absence des œuvres picturales de M. Titus mais le « mal » a été réparé, ils auraient aimé voir des photos du pays et de la famille de M. Titus, enfin ils auraient souhaité que M. Titus parle un peu les langues qu’il connait, montre les danses de son pays, les fasse faire aux élèves.
Les tableaux de M. Titus.
Ils « ressemblent à son univers » en tant qu’ils « gardent toujours une trace des origines de M. Titus », évoquent « nature et liberté », « l’enfance de M.Titus », « le voyage », « différents pays ou différentes régions du monde. » Ce sont des « paysages merveilleux » pleins de « gaieté » qui dépeignent la « couleur de la vie » et parfois du « vide. » « La majorité sont en noir et blanc, remarque une élève, pourquoi ? »
Questions à M. Titus :
Pourquoi venir raconter votre vie ?
Comment vivez-vous le fait d’être loin de votre pays natal ?
Pourquoi avez-vous commencé la peinture ?
Comment était vue la France était-elle vue depuis le Dahomey lors de votre enfance ? Comment y est-elle encore vue de nos jours ?
Préférez-vous la vie en Afrique ou en France ?
Pour vous, qu’est-ce qui a été le plus marquant dans votre histoire ?
Vous définiriez vous comme un « voyageur » plutôt qu’un « migrant » ou un « étranger » et pourquoi ?
Etes-vous plus heureux maintenant que pendant votre enfance ?
Comment faites-vous pour dessiner aussi bien ?
Que ressentez-vous lorsque vous dessinez ?
Vivez-vous de la vente de vos tableaux ?
Comment voyez-vous votre voyage aujourd’hui ?
A noter enfin une question posée à mon avis avec sincérité et sans malice « ca fait quoi d’être noir ? » (Le même élève ayant également utilisé le terme « fascination » dans les mots-clés…)
Idées de « conte picard » pour la rencontre à Paris :
Des idées de scénario :
« Il était une fois une histoire de fromage : un camembert rencontra une chaussette sale, ils firent des enfants et naquit le petit Maroilles. »
Un mouton qui veut ouvrir des fromageries
Campagne – une ferme va fermer – ce qui va se passer pour la ferme : les vaches traient leur lait toutes seules, elles s’occupent de la ferme pendant que le patron espère pour rembourser sa dette vendre le lait produit- son rêve : voir toujours les vaches dans les près avec les poules
Dans nos patelins, y ‘a pas de stade de foot c’est une pâture avec 4 poteaux, et les joueurs sont des vaches.
Un heureux événement à la ferme
La naissance d’un veau à 5 pates
Scénario catastrophe : un virus décime les troupeaux.
Le Maroilles créé à partir de la bouse d’une vache qui aurait décidé de manger autre chose que de l’herbe.
Le cliché de l’abominable femme des neiges (la picarde vue par le sudiste) : elle s’habille avec un sac poubelle, boit du vin au maroilles, se déplace en voiture charrette à bras, ressemble à un tas de poils.
Des contes entiers à retravailler :
Le mouton et le corbeau : « Un jour un mouton est né, mais contrairement à sa famille qui avait la laine blanche celui-ci était noir. Un corbeau sortant de son œuf était blanc. Les années passèrent et ces deux-là étaient au fur et à mesure rejetés car ils étaient différents. Ils se rencontrèrent et se racontèrent leur histoire. Ils devinrent amis. Un jour, le corbeau eut une idée : « et si nous prenions de la peinture ? » Le corbeau se peint en noir, le mouton en blanc. Mais au bout de quelques jours, une pluie violente s’abat sur la petite foret dans laquelle ils vivaient. Retour à la case départ. Nouvelle idée : ils échangent leurs tribus mais cela ne marche pas car le mouton ne peut voler et un corbeau ne peut pas faire ce qu’un mouton fait comme donner sa laine pour faire un manteau aux nouveau-nés, par exemple. Les animaux étaient tristes de ne pas trouver leur place chez eux. Un jour, des chasseurs arrivèrent dans la foret pour tuer les corbeaux. Le corbeau blanc s’envola le premier à leur rencontre, espérant en finir avec cette vie de misère. Des chercheurs crurent alors avoir affaire à une nouvelle espèce et sa famille fut protégée. Tous les corbeaux remercièrent le corbeau blanc qui trouva alors sa place. Mais les chasseurs partis, les loups arrivèrent. Ils voulurent attaquer les moutons. Le brave mouton noir se mit d’abord sur leur passage, prêt à se sacrifier et espérant que sa viande leur suffirait. Les loups pensèrent qu’il était malade et que le troupeau était contaminé. Les autres moutons félicitèrent le mouton noir et l’acceptèrent enfin. Le corbeau et le mouton furent heureux toute leur vie, ils restèrent d’ailleurs en contact. Les apparences sont trompeuses.
Pourquoi y a-t-il des vaches en Thiérache (orthographe d’origine) : « Un jour un couple d’ches mammifères en exjode de leur pays à cause de une bataille changlante avec des bisons ch’est r’trouvés dans l’Picardie. Ils jont été voir chez Momo car ils j’avaient faim. Ils j’ont commandé eune frite fricadelle avec l’sauce piccalilli.Ils che chont enchuite plut ichi, ils j’ont mangé beaucoup d’maroilles (l’fromage qui chent un p’tit peu fort mais ch’est moins fort dans l’bouche que l’odeur) et pi pâr l’suite ils j’ont eu beaucoup d’petiot et ils j’ont mangé beaucoup d’frites fricadelles. Voilô pourquô les vaches ch’ont dans l’Thiérache, avec nos p’tit patelins d’par chez nous a beaucoup d’chose. Chi vous comprendez rein ches normal. »
Les picards inventeurs du sucre : « Il était une fois, dans les temps très anciens de la Picardie, une betterave venue de nulle part. Elle se planta dans un champ en jachère et donna miraculeusement naissance à d’autres betteraves. Un jour, un agriculteur qui profitait librement de son dimanche décida de se promener dans un de ses champs. Il tomba sur le terrain en friche et il vit plein de petites choses sortir du sol au fur et à mesure qu’il regardait cette grande étendue de terre. Il crut d’abord que le champ faisait resurgir tous les obus de la bataille de la Somme. Il appelle son fils de 6 ans qui pensa que les champs étaient remplis de « Triopiqueurs », l’évolution de « Taupiqueur » dans Pokémon. Puis il y eut pendant pas mal d’années beaucoup de visiteurs étrangers attirés par ce secret submergé de mystère. Un jour, une personne nommée Daddy découvrit cette énigme. Il déterra une betterave et la lança le plus haut possible pour voir ce qu’il en ressortirait. L’agriculteur étonné ne vit plus la petite chose ovale et ronde. Il pensa que la betterave était arrivée sur la lune. Il y eut dans le ciel une fine pluie de grains blancs étincelant le ciel nuageux de tous les jours. Tout le monde observa ces grains, les sentit, les gouta et c’est ainsi que le sucre est né puis commercialisé par la marque Daddy. »
Le complot intergalactique : Une vache c’est farouche, elles sont noires et blanches en Picardie. Elles cohabitent avec les betteraves. Leur mission ? Manger toute l’herbe en Picardie, participant ainsi à une lente destruction de la planète. Leur employeur ? un homme bizarre venu de l’espace. Les vaches sont des espions, tout comme des betteraves d’ailleurs, mais elles ne réussiront pas à manger toute l’herbe de Picardie car en Picardie, il y a de la pluie.
ECRIVAIN PUBLIC BIOGRAPHE - PAROLES D’HOMMES ET DE FEMMES