1-. Climat politique en 1958.
Du 13 mai 1958, date du retour du général de Gaulle au pouvoir à Paris après les évènements militaires d’Algérie au 28 septembre 1958, date du référendum par lequel la France change de république, une extraordinaire accélération de l’histoire coloniale propulse notre pays au firmament de l’actualité politique internationale. En proposant de redéfinir les relations entre la France et ses colonies, le général de Gaulle leur offre le choix entre l’indépendance et une association dans une communauté franco-africaine. C’est dans ce cadre qu’il organise un référendum le 28 septembre 1958.
En Guinée, une unité d’action sans faille des organisations des Jeunes de Guinée, des Etudiants, des syndicats des Enseignants, de l’UGTAN et des partis politiques entraîne la victoire du NON à 94 %. Ce résultat pacifique, sans effusion de sang, permet de proclamer la République de Guinée le 2 octobre 1958 par l’Assemblée territoriale de 1957, transformée ipso facto en Assemblée nationale constituante.
Les Etudiants, les Jeunes et les syndicats ont été à l’avant-garde de cette vertigineuse aventure de la campagne pour le NON au référendum. Le PRA, dirigé par Barry Diawadou, Barry Ibrahima, dit Barry III, Bangoura Karim et Keita Koumandian, opte pour le NON à son congrès fédéral tenu à Cotonou les 26 et 27 juillet 1958. Le PDG adopte la même position à son congrès de Conakry le 14 septembre 1958, soit exactement 14 jours avant la date du vote. Le 2 octobre, Sékou Touré est proclamé président de la république. Après un éphémère gouvernement d’union nationale comprenant Barry Diawadou et Barry III, la politique conduite évolue rapidement vers la confiscation du pouvoir au service de la gloire du chef du PDG.
Pour s’assurer un leadership incontestable et incontesté, le PDG, après avoir instauré le parti unique dès 1959, s’attache à éliminer le puissant syndicat des Enseignants et à intégrer les étudiants dans la jeunesse du parti, la JRDA. Ces deux structures restaient les deux seuls pôles de réflexion intellectuelle et de contestation démocratique capables de constituer un rempart contre la violence du parti unique. L’arrestation du bureau du syndicat des Enseignants le 19 novembre 1961 brise l’unité nationale réalisée au moment du référendum et tue l’euphorie populaire créée par l’indépendance.
Le pouvoir devient autoritaire et brutal à partir de cette violation flagrante, délibérée et arrogante de la constitution de 1958. En instaurant une peur permanente sur les populations, le pays est plongé dans un isolement total et transformé en une prison immense : personne ne peut plus entrer ou sortir sans le visa personnel du responsable suprême de la révolution. Les réseaux de délation mis en place par le parti Etat fonctionnent à plein régime. La méfiance générale qui en découle entraîne le déclin sans frein et sans fin dans tous les domaines. Ce déclin nous écrase jusqu’aujourd’hui. Tout Guinéen honnête voit bien tout le mal que nous avons pour sortir du bourbier hérité du PDG plus de vingt ans après la mort du responsable suprême de cet immense et déplorable gâchis.
2-. Dérive vers la terreur
Le ralliement des ministres et d’un grand nombre de hauts fonctionnaires, plus soucieux de préserver leurs privilèges que de refuser la félonie du pouvoir révèle à Sékou Touré l’égoïsme et la lâcheté des cadres qui ont accepté ce fait accompli de mettre en prison des responsables syndicaux dans l’exercice de leurs fonctions légales. René Gomez, témoin et acteur privilégié, à des postes stratégiques importants de la vie de notre pays de 1964 à nos jours, confirme ce comportement d’un grand nombre de ces hauts fonctionnaires à travers sa propre expérience personnelle.
Dans son livre, « camp Boiro : parler ou périr », il écrit, page 31, à propos des arrestations de 1969 : « … Tous ceux-là ( Barry Diawadou, Fofana Karim, Kaman Diabi, Baïdy Guèye, évoluant hors de mon milieu, j’avoue que je n’avais pas eu à l’époque suffisamment d’éléments d’appréciation. Lorsque ce fut le tour du docteur Maréga Bocar et de Diop Tidjane, je commençais à avoir des doutes. » Il précise que l’épouse de ce dernier étant la cousine de son épouse, les deux couples étaient très proches. Il cite, page 121, le dernier message de Keita Fodéba sur les murs de la cellule 72 du camp Boiro : « … j’ai toujours servi une cause juste et pour ce faire j’ai utilisé l’arbitraire. J’étais chargé d’arrêter tous ceux qui sont susceptibles d’exprimer la volonté populaire. Je n’ai compris que lorsque je fus arrêté à mon tour, le jour fatidique arriva. »
Ces témoignages avoués dans les conditions vécues par leurs auteurs confirment les comportements que nous avions dénoncés en 1961 lorsqu’un grand nombre d’étudiants en France ont choisi de voter leur allégeance au gouvernement en échange du maintien de leurs bourses d’études plutôt que de signer leur soutien à nos camarades enseignants dont tout le monde reconnaissait l’innocence. En se résignant à ce forfait accompli, ils ont ouvert une autoroute à la dictature. Sékou Touré exploitera de façon magistrale ce maillon faible de notre société pour construire son système répressif en imposant la terreur par les complots comme méthode de gouvernement. Il fera un amalgame faisant de beaucoup de ces cades à la fois bourreaux et victimes. Cet état entretiendra une confusion chronique rendant difficile tout dialogue de réconciliation. Cette trahison de notre vote historique lui ôte tout le prestige qu’il avait conquis de haute lutte à travers son combat syndical et politique.
La durée et l’ampleur de la répression, sans pause, contraignent le chef du PDG à s’enfermer à Conakry. Pendant de nombreuses années celui qui adorait se pavaner devant les foules boycottera les réunions internationales de l’ONU, de l’OUA, de la CEDEAO. La Guinée disparaît du paysage médiatique international. Coupé de la communauté internationale et africaine, notre pays retourne dans les oubliettes de l’histoire laissant la place à la Guinée Bissau et la Guinée équatoriale qui se font connaître par leur homonymie.
Pour maintenir une présence africaine à minima, Sékou accorde l’asile politique aux anciens leaders de la lutte de libération comme Kwamé Nkrumah du Ghana et Djibo Bakary, du Niger, chassés du pouvoir dans leurs pays. Il héberge les mouvements de libérations en lutte contre la colonisation portugaise, PAIGC de Guinée Bissau et Cap Vert, MPLA d’Angola et l’UPC du Cameroun.
3-. Conclusion.
La malchance de la Guinée a été que son leader charismatique a consacré son ses talents oratoire, politique et diplomatique inégalables et sa vive intelligence à éliminer physiquement par la mort, la prison et l’exil tous les Guinéens et les amis de la Guinée qui avaient mis leur patriotisme sincère, leur éducation familiale et morale, leur formation intellectuelle et professionnelle et leurs compétences de haut niveau au service d’une grande cause : la libération du continent africain, du Maghreb au Cap. Merci de votre écoute.
ECRIVAIN PUBLIC BIOGRAPHE - PAROLES D’HOMMES ET DE FEMMES