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Madame Domange, née en 1909, enseignante

l’égalité entre professeur et élèves a changé les choses

lundi 15 février 2010, par Frederic Praud

Madame D, née en 1909

Je suis née en janvier 1909 à Besançon. Les gens de là-bas ont un caractère ouvert et franc. Je suis partie de cette ville car mes parents avaient trouvé un travail sur Macon. Je suis alors entrée comme interne au Lycée de Macon. D’abord au Lycée de filles et ensuite au Lycée de garçons parce qu’il n’y avait pas de Bac. L’internat se passait bien car j’étais capable de parler aux gens, de les écouter en leur disant ce que je pense. À 10/12 ans, j’étais allée sonner à la porte de Monsieur le curé pour lui raconter ce que les filles de l‘école religieuse avaient fait le matin au catéchisme. Ce curé m’avait baptisé. Je venais me confier. Il m’expliquait les relations entre enfants. Il savait que je disais exactement ce qui se passait partout, ce que j’avais observé et ça l’amusait beaucoup.

Mon père tenait un moulin. Il venait le samedi me voir à l’internat. Il passait avant chez le boulanger acheter des chocolats. Après il venait et c’était la grande distribution dans l’étude. Je fais partie d’une classe d’âge qui a bénéficié des études secondaires, alors qu’avant ce n’était pas possible.

Il y avait un Lycée et un seul internat dans le département. Les gens qui voulaient donner à leurs enfants une certaine éducation ne pouvaient pas faire autrement que d’inscrire leur enfant dans cet établissement, et ce quel que soit l’âge des enfants. Si on voulait continuer ses études après le certificat, il n’y avait que l’internat. Dans chaque famille, on devait l’éducation aux garçons, par contre on n’avait pas l’impression qu’on le devait également aux filles. Malgré cela quand les lycées ont accepté les filles, ils en étaient très fiers.

À l’époque les filles ne passaient pas le bac alors si on voulait le passer, il fallait aller au lycée de garçons. J’ai donc atterri dans ce lycée, dans une classe de 7 ou 8 élèves ravis d’avoir une fille dans leur classe. Ce n’était pas courant. Un jour alors que j’avais eu un début de grippe, le professeur de la classe, que nous appelions « papa beau », leur avait expliqué : « Vous savez, il faut être gentil. Il ne faut pas la brusquer. Une fille, c’est tout à fait charmant ». Il m’avait fait une réputation. J’étais très bavarde. Quand l’inspecteur venait, c’était sûr qu’une partie de son inspection se passait en discussion entre lui et moi. Il faut croire que ça ne l’embêtait pas non plus. Je n’étais pas timide. Quand les circonstances se présentaient, je disais ce que j’avais à dire. Je ne savais pas précisément ce que je voulais faire, mais je voulais entrer dans l’enseignement parce que j’adorais les enfants. Nous avions des professeurs merveilleux.

Je suis venue à Versailles où j’ai eu un poste de surveillante. Dans la journée, j’allais suivre mes cours à la Sorbonne. Dès la fin de mes études, j’ai été professeur. Je suis devenue enseignante en français. Mon premier poste était à Paris pour des adolescents de 14 à 18 ans. J’ai ensuite enseigné à Versailles et à Enghien.

Enseignante

C’est un métier que l’on ne peut faire que par goût et non par obligation. A partir de ce moment-là, il y a un échange très rapide entre les enfants et les professeurs. J’ai adoré mon métier. On doit donner le goût de la culture. On le ressent bien et l’on voit bien comment les enfants l’accueillent. La façon de se comporter des enfants dépendaient de leurs rapports personnels avec les professeurs. Il n’y a pas eu de différences entre les générations d’enfants, je n’ai pas de souvenir en ce sens.

En 1936, les événements extérieurs ont eu une certaine influence sur les cours. Chacun avait l’espoir d’une certaine forme de libéralisation des rapports entre les gens qui travaillaient et les gens qui enseignaient. J’ai vécu cette époque avec enthousiasme. Une partie de la population scolaire vivait cette période avec joie car ils attendaient quelque chose de cela, de plus réel, de plus concret.

L’éducation nationale a été un outil d’ascension sociale, dans l’ensemble oui, sauf pour quelques enfants récalcitrants qui n’auraient rien trouvé nulle part. Tout le monde avait en partie accès à l’éducation, mais cela dépendait beaucoup de l’endroit où les parents habitaient. S’ils habitaient ne serait ce qu’à 20 km d’une ville, il fallait les mettre en pension. Et d’une trop grande proximité fait tout de suite dégénérer les relations entre les élèves et le professeur. À l’exemple du jour où alors que j’avais oublié un cahier à l’internat, je suis allé le chercher. J’ai traversé la cour, grimpé par la fenêtre. Je suis redescendue et l’on m’a arrêtée.

Nous avons vécu une époque de très grande transformation dans ce siècle surtout dans les relations hommes/femmes. L’homme avait plus de devoir car c’est lui qui payait, parce qu’il en avait la possibilité. Il travaillait et la femme soi-disant ne travaillait pas alors qu’elle avait une activité folle à la maison en plus de son activité professionnelle. L’homme rapportait en principe l’argent à la maison, car il bénéficiait d’une activité professionnelle.

J’avais 4 ans au début de l’autre guerre. Ma mère tenait une boulangerie pâtisserie. Le soir, il fallait compter les tickets d’alimentation. On n’a pas fait ça longtemps. On devait les peser après, ensuite je devais les descendre à la mairie. Mais je ne voulais pas m’en aller avant d’avoir fini la classe. Il faisait donc nuit, j’avais peur, mais j’y allais quand même. Le premier conflit est une des périodes de transformations. Les pères étaient mobilisés c’étaient les mères qui faisaient marcher la maison. Dans cette mobilisation, ils sont quand même restés 4 ans. Les gens étaient étonnés car tout était habituellement dirigé par les hommes, alors une fois qu’ils ont été mobilisés et qu’ils n’étaient plus là, on sentait une certaine inquiétude. Qu’est ce qui va se passer ?. Et il ne s’est rien passé d’anormal. Tout à bien fonctionné parce que les femmes se sont impliquées se sont vite habituées à faire le nécessaire pour la famille et tout.

Je ne fais pas de différence entre un homme ou une femme, à partir du moment ou vous traitez les jeunes comme ça, eux-mêmes se comportent de façon plus agréable. J’ai vu ouvrir le Lycée d’Enghien. C’était dans une sorte de grand jardin. J’ai assisté à la première distribution de prix dans ce Lycée. Le professeur était assis sur une chaise. Il avait les pieds dans l’eau. C’était adorable, cette distribution des prix. Il n’y avait qu’une classe alors.

Dans ce siècle, il y a eu une réelle évolution vers la liberté des jeunes et ce n’est pas ça qui a fait que les étudiants ne travaillaient pas. Ceux qui n’avaient pas le tempérament à travailler n’ont jamais travaillé. On a vu l’apparition d’une égalité entre professeur et élèves qui facilitait bien les choses. En 1968, je suis allée défiler à Paris avec une collègue, nous étions professeurs au Lycée d’Enghien. Nous y sommes allées le soir. On est rentrées plutôt fatiguées. Nous voulions la liberté de l’école et une plus grande facilité pour que les jeunes choisissent leurs études.

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